03/03/06
Les campagnes présidentielles doivent se terminer ce soir, et tous les candidats s’en s’ont donnés à cœur joie pour organiser des caravanes plus présentes et plus bruyantes encore que les précédentes. Nous sommes sortis ce soir dans un quartier plus à l’ouest de Cotonou, au Jadore, un maquis sympa, presque un peu trop calme. Dodo à 2h. Demain le programme est chargé !!
04/03/06
Levé donc matinal en cette belle journée ensoleillée. Petit dej’ copieux et préparation du sac. Nous sommes fin prêts avec l’arrivée de Rolland, à partir pour Grand-Popo, à 65 km de Cotonou. Arrivés à l’étoile, qui est juste à côté, les taxis crient leurs destination. On entend Ouidah, on répond donc Grand Popo qui est un peu plus loin. On se met d’accord sur le prix, 1300 Cfa. Puis on monte, c’est là que je comprend qu’ici même si les bus ne fonctionnent pas et que les transports en communs urbains sont inexistants, on peut encore plus parler de transports en commun que dans un bus ou dans un métro. Nous sommes montés dans la « 504 » je crois, à l’arrière. 4 derrière et 3 devant. Nous étions donc au nombre de 7 dans une voiture de petite taille de couleur rouge, jaune et verte (couleurs du drapeau béninois) et sans ceinture. La voiture affiche 320 000 Km au compteur, mais elle en a sans doutes le double et ça se sent, plus de suspensions, les vitesses qui grincent et la voiture qui tremble énormément à chaque démarrage. Le trajet à été rude, surtout pour le dos et les fesses. Toutes fenêtres ouvertes. Les arrêts sont fréquents et dès que quelqu’un descend, on pense pouvoir s’installer plus confortablement et respirer mais d’autres remontent. Dès que l’on fait un arrêt sur le bord de la voie, tous les gens qui veulent voyager courent en s’accrochant à la voiture pour pouvoir monter le premier. Les vendeuses de biscuits, de légumes… se précipitent elles aussi pour pouvoir distribuer leurs produits. Le voyage est donc totalement valorisé pour le chauffeur. On ne verra ici que difficilement une personne seule voyager en voiture sans qu’elle ne soit pleine de marchandises ou de passagers, prenons en de la graine !!! Malgré tout, j’ai profité de cette heure de voyage pour apprécier le paysage sud-Bénin. Je me suis rendu compte que la périphérie de Cotonou est très enflée, si bien que l’on a qu’à moitié l’impression de sortir de la ville jusqu’à l’arrivée à Ouidah qui est à 1/2h de Cotonou. Après, les paysages sont vastes, des cocoteraies à perte de vue, des manguiers pleins de fruits, des étendues de forêt d’acacias et d’eucalyptus. Sans oublier les quelques jardins cultivés par de nombreuses personnes et les termitières de 2 ou 3 mètres de haut qui bordent la route. La terre ici est très ferragineuse, et l’on s’en rend d’autant plus compte, là où le brûlis des herbes sèches n’a pas été pratiqué. Nous avons traversé la grande lagune du fleuve Mono, où des pêcheurs tendent des filets à l’horizontale et attendent que la mer descende pour ramasser les poissons qui se seraient échoués dessus. Arrivée à Grand Popo, on nous dépose sur le bord de la route après avoir voulu nous promener pour 15 000Cfa la journée. Une impression de nouveau souffle et la satisfaction de pouvoir se dégourdir les jambes m’ont donné de l’énergie. L’air ici n’est pas pollué comme à Cotonou, et il y a vraiment un air marin et frais qui me nettoie les bronches. Grand Popo est une ville (ou commune plutôt) tout en long qui se trouve coincée entre la lagune du fleuve Mono et la mer, si bien qu’à certains endroits on a en face de soi la mer avec des rouleaux assez important « avis aux amoureux des vagues » et derrière soi une lagune paisible bordée de cocotiers et arbres de toutes sortes. Nous nous sommes rendus avec Rolland sur la plage où se déroulent chaque année le 10 janvier les fêtes Vaudous. En plein milieu de la plage, il y a une tribune qui donne sur une case vaudou vers la lagune et dos à la mer. Il y est écrit en lettres majuscules : « LE VAUDOUN POUR UN MONDE MEILLEUR ET PLUS ECLAIRE ». Cette ville qu’est Grand Popo est en fait ravagée depuis les années 30 par l’érosion et l’avancée de la mer. Selon la personne que nous avons rencontrée et qui nous a guidés une partie de la journée, la ville est engloutie jusqu’à deux Kilomètres de longueur dans la mer !! Je dois dire que les enfants ici on été ravis de l’arrivée du Yovo (le blanc) et m’ont réservé un accueil très particulier. Nous sommes ensuite allés dans les villages voisins avec la personne qui nous a reçus avec qui l’on a beaucoup échangé. Le village de Heve (ça se prononce Rhévé en Fon), village natal de la personne qui nous a guidé. Est relativement grand. On vit ici de pêche, de petits commerces et d’artisanat, non pas vers les touristes mais pour la vie quotidienne. Ce qui fait que les gens ici ne sont pas intéressés par l’argent comme certains à Cotonou, mais plutôt par l’échange. De nombreuses cases Vaudous disséminées dans le village et de nombreuses pirogues. Ce samedi était un jour particulier où les pêcheurs ne vont pas pêcher tout comme chaque année. C’est un jour férié Vaudou, un peu comme Pâques par exemple. Ici, bien que je n’en aie pas vu, il y a selon les habitants beaucoup de crocodiles et d’hippopotames. Ils n’ont pas trop peur des crocodiles, la preuve c’est qu’ils se baignent dans les eaux peu profondes, surtout les enfants. Par contre, les pêcheurs se méfient énormément des hippopotames, et les évitent, dans leurs activités, car ils ont tendance à renverser les pirogues et peuvent se montrer très agressifs. Retour à Cotonou en fin d’après-midi, avec un autre taxi. Cette fois moins cher 1200Cfa, mais à 8 dans la voiture. 4 devant et 4 derrière. J’étais devant. Si bien que le chauffeur n’est pas tout à fait seul face au volant. Soirée relativement calme en cette veille d’élections présidentielles.
05/03/06
Ce dimanche est jour d’élections. Je me suis levé à midi éreinté par les activités de la veille.
Cet après-midi à été réservée à la tranquillité. Ici, le jour des élections, personne ne bouge de chez soi. Nous sommes donc restés à la maison à palabrer et à échanger nos points de vues. Les élections se passent dans le calme. Cependant, quelques problèmes qui pourraient empêcher une transparence totale des élections sont survenues. Des bourrages d’urnes, qui ont été selon les autorités empêchées avant l’ouverture des bureaux de vote. Des bureaux de vote qui n’ont ouvert que tard dans l’après-midi du fait du manque ou de l’absence de matériel (urnes, bulletins de vote…). Des attentes de quelques heures devant des bureaux de vote engorgés. Mais la plus grande surprise est venue du chef de l’Etat actuel, le général Mathieu Kérékou, qui a fait, il faut le rappeler 27 ans au pouvoir au Bénin mais qui n’est pas rééligible. Il a annoncé à midi une fraude par vol de cartes d’électeurs pour un nombre faramineux aux vues du nombre de votants annoncés. En effet, le nombre de votants ne devrait pas dépasser les 4 000 000, or 1 300 000 cartes d’électeurs ont été soit disant volées à la CENA (organisme chargé de l’organisation des élections). Et ce, selon lui dans le but de faire voter au profit de certains candidats, des ressortissants des pays voisins, en particulier du TOGO. Mais des doutes sont à porter sur ces affirmations, et ni la CENA ni les médias n’ont affirmé quant à eux ces allégations. A vérifier donc. Mais ces affirmations pourraient être selon certains des manipulations politiques ? Ce soir minuit, les résultats du vote ne sont toujours pas arrivés, et ne semblent pas près d’arriver, pour cette nuit en tous cas.
06/03/06
La semaine reprend. Avec elle, arrive le sommeil manquant du week-end et l’agitation dans les rues. En ce lendemain d’élections, tout semble avoir repris sa place, même le président. Les résultats du vote se font attendre et chacun est à l’affût de la moindre information sur les résultats du vote. Chacun y va de son imagination. Certains disent c’est Adrien Hougbedji qui doit être premier à coup sûr, d’autres pensent à Bruno Amoussou et d’autres encore à Lehadi Soglo ou Yayi Boni. Si bien que l’on sait pour qui chacun à voté. Moi je suis quasi persuadé comme depuis mon arrivée ici que c’est Yayi Boni (le président de la Banque Ouest Africaine de Développement qui va gagner), il sera suivi de Hougbedji, Soglo puis Amoussou. Les 22 candidats restants se partageront les miettes. L’ambiance ici est plutôt au calme, et les médias ne veulent surtout pas se mouiller dans quoi que ce soit. Ce qui fait que les informations qui parviennent sont très prudentes et peu engagées. Bien sûr les béninois attendent le second tour avec impatience. De mon côté les choses avancent assez bien, même si le rythme n’est pas aussi accentué que je le voudrais.
07/03/06
Côté élections, c’est silence radio.
J’ai rencontré ce matin le responsable du Forum sur le commerce équitable qui se déroulera ici à Cotonou début avril. Entretien plutôt intéressant et des possibilités de travailler sur ce forum semblent s’ouvrir. Peut être pour y installer un stand et que P. et G. présentent leurs actions. A voir.
Côté santé, je dois dire que ça va aussi (je touche du bois). Pas de turista, pas trop de moustiques pour l’instant, la saison des pluies n’est pas encore arrivée, seulement des petites fourmis qui piquent à peine (je me méfie il y en a de très grosses qui elles piquent très dur apparemment). Les poulets picorent dans la cour, mais pas de grippe aviaire en vue pour l’instant.
La surprise est arrivée cet après-midi, 2 jeunes nantaises qui bourlinguent à travers le Bénin depuis 3 semaines et qui connaissaient le batikeur sont venues s’installer au bureau pour 2 ou 3 jours, échange donc de vision et découverte par procuration du Nord Bénin. Rufin est aussi passé me voir pour me proposer d’aller à Lomé ce week-end, donc je passe la frontière vendredi soir ou samedi, mais le programme n’est pas encore fait.
08/03/06
Je continue ma petite vie paisible ici. Je me rends aujourd’hui compte que presque 1 mois s’est écoulé depuis mon arrivée le samedi 11 février. Malgré que l’on prenne davantage le temps de vivre ici, il passe à une vitesse incroyable. Au programme de la journée, je continue de travailler sur mon programme, mais j’avoue que là je suis arrivé au côté budget et il me manque encore un tas d’informations. Je mène de front mes recherches sur les teintures végétales et écologiques et ce n’est pas simple. Une autre partie de la journée sera consacrée à aider G. dans la préparation de l’expédition. Donc il reste encore beaucoup de boulot. Petite soirée sympa ma foi avec Rufin et René (qui font le batik et le bogolan), puis les colocs, puis Roland, puis les voisines. Même si je me couche bien souvent vers minuit/ 1H, je ne fais pas podium ici !!! Beaucoup de gens sont encore dehors, à passer la soirée sur un banc, et pourtant ils sont très matinaux. Un autre rythme quoi !
09/03/06
Les colocs sont parties ce matin, comme prévu. La journée a été plutôt courte. Un bon repas africain préparé avec G. avocat, thon et…. piment. Eh oui toujours incontournable celui là. Mon premier vrai repas ici entièrement fait de fraîcheur. La pluie a menacé une partie de l’après-midi, pour finalement abandonner la partie et laisser la place au soleil. Certains commencent à s’inquiéter ici vis à vis des élections. Les voisins m’ont même proposé de les suivre au village si jamais ça tournait mal. Jusque là toujours aucun résultat. Kérékou a limogé le directeur de la télévision nationale parce qu’il a refusé de diffuser un montage vidéo fait par Kérékou montrant de faux togolais à une fausse frontière et possédant des cartes d’électeurs volées. Trucage médiatique ??? Moi je ne m’inquiète pas. Je pense que tout se passera au mieux. Kérékou saura se montrer diplomate.
10/03/06
Aujourd’hui, c’est jour d’expédition, donc derniers préparatifs. Je commence aussi à penser à l’organisation du week-end. Selon les gens ici je suis demi Yovo, demi africain. Ou bien encore africain revenant à ses sources. En fait, je crois qu beaucoup ici se sont montés des clichés sur la vie en Europe. Entre autres les poches débordant de billets, les strass et paillettes, les gosses de riches, les belles voitures… Bref le rêve américain quoi !!! On peut voir ce qu’il est devenu ce rêve américain aujourd’hui. De grandes fortunes et beaucoup de misère aussi. Certains ne s’étaient jamais imaginé qu’un Yovo puisse avoir le sens de l’accueil ou de l’hospitalité qu’ils pensent être le seul apanage de l’Afrique. D’autres ont du mal à comprendre que je me laisse inviter à leur table ou que je les aide dans les tâches ménagères par exemple. D’autres encore croyaient qu’un blanc arrivé en Afrique prenait des « domestiques » (comme ils le disent ici) pour le servir et s’étonnent de me voir faire ma lessive. Vraiment beaucoup d’idées reçues qui heureusement s’estompent rapidement avec la discussion. Il en est de même sur notre vie en France, et les filles que je rencontre le disent très souvent et sans pudeur qu’elles aient l’objectif de se marier à un Yovo. Lorsque l’on entend une gamine de trois ans le dire, on comprend que cela puisse être entré dans l’idée de beaucoup. Mais heureusement là aussi, avec l’échange les idées évoluent. Tout cela pour dire que malgré les idées reçues de nombreuses personnes et mes appréhensions sur cela, l’échange établi, toute les choses rentrent dans l’ordre et les relations avec les gens deviennent saines et simplifiées. Alors chacun peut s’enrichir de la culture de l’autre.
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